Nous sommes le 7 mai 1971.

F-WTSS est parti ce matin pour le Bourget, avec André Turcat et son équipe. Peu après G-BSST, avec Brian Trubshaw, a atterri à Blagnac. C’est une occasion spéciale.

C’est presque une « journée portes ouvertes », la presse est partout, nous avons des gendarmes et des militaires. Nous, les ingénieurs, sommes libres de nous mêler à cette occasion.

Le président Pompidou est arrivé à Toulouse, et les deux Concordes sont garés nez-à-queue devant le hangar d’essais en vol.

Avec le président à bord, Turcat a porté le F-WTSS à 2116 km/h, pendant 17 minutes. A son arrivée, M. Pompidou nous dit que la France avait fait le pari de la construction de l’avion et qu’elle irait jusqu’au bout.

« Le long avion élancé et blanc, ressemblant à une mante religieuse au nez tombant, a décollé avec le président Pompidou de l’aéroport du Bourget et a grimpé en 10 minutes à une altitude de 32 800 pieds. Passant au-dessus du Havre à environ 1125 km/h, il a plané au-dessus de l’océan pour éviter un bang sonique au-dessus du continent.

« En grimpant et en accélérant au-delà d’Omaha Beach, le Concorde a atteint plus de 2100 km/h à

54 000 pieds juste au-delà de la pointe de la Bretagne. Puis il s’est tourné vers le sud et l’est en maintenant cette vitesse, jusqu’à la latitude de Bordeaux.

« Depuis la cabine remplie d’ordinateurs, où une banque d’instruments avait été retirée pour faire place à quatre sièges, le président a discuté par radio avec un journaliste du réseau français.

« L’avion est si calme, fluide et silencieux, dit-il, que je ne remarquerais pas à quelle vitesse il allait si je ne voyais pas passer les côtes françaises à une vitesse extraordinaire.

Témoignage de Rowland White