Le 11 août 1999 avait lieu une éclipse totale de Soleil visible en France. Ce phénomène reste très rare en un lieu donné : la précédente éclipse totale observable dans notre pays s’était déroulée le 15 février 1961, la prochaine est prévue pour le 3 septembre 2081.

Katie John du Mach 2 Magazine Anglais m’a contacté dernièrement pour reprendre quelques lignes de l’article  http://concorde-bvfc.fr/index.php/1999/08/11/8-minutes-10-secondes-de-bonheur-sur-concorde 

Je vous invite d’ailleurs à aller lire ce remarquable article de Katie John https://drive.google.com/file/d/10d-L744gYNZzS8zuz58enQRM10BHn3cp/view?usp=sharing 

Suite à cela, Xavier Jubier grand spécialiste des éclipses solaires et lunaires m’a envoyé un mail pour rétablir une part de vérité sur ce vol pas comme les autres. Je vous livre le texte tel qu’il me l’a envoyé et je ne manquerais pas de compléter l’article d’origine. C’est assez technique mais les connaisseurs apprécieront… 

Depuis de nombreuses années j’ai lu de nombreuses affirmations fantaisistes qui ont principalement pour origine les organisateurs et leurs conseillers ainsi que les commandants de bord de ces vols qui ne maitrisaient pas suffisamment le sujet. Je pense qu’il est plus que temps de corriger  » ces grosses approximations  « , je ne fais qu’analyser les choses avec un regard d’expert et une démarche constructive. Sur votre page je lis:

1) « En suivant la ligne de centralité, le temps d’éclipse totale était de 6 mn 30 s. »Cela n’est vrai qu’à certains endroits là où la vitesse de l’ombre de la Lune est suffisamment faible par rapport à celle du Concorde, par exemple au niveau du Cap Lizard (3.150 km/h). Mais pour le vol de 1999 l’interception s’est effectuée nettement plus à l’ouest là où la vitesse de l’ombre était bien supérieure (3.500 km/h) et dans ce cas la durée de totalité possible tombe à 5 minutes… 

2) « En entrant par le bord sud de l’ombre et en ressortant par le nord, le temps de visibilité de la totalité a été augmenté : résultat : 8 mn 10 s de bonheur. »Si seulement cela était vrai! Malheureusement ce n’est pas aussi simple que cela et l’affirmation du commandant Prunin est fausse. Bien que le commandant ai eu une bonne intuition la mise en pratique n’a pas été bonne et il était de toute façon impossible de réaliser un tel bond en durée: le gain espéré en traversant l’ombre de cette manière est réduit quasiment à néant car dans le même temps il y a une perte importante de vitesse relative par rapport à l’ombre et le différentiel s’accroit rapidement. Bref une deuxième affirmation inexacte. 

3) « La rencontre avec l’éclipse s’est déroulée entre N 4950.0 et W 01300.00, point d’entrée, et N 5020.0 W 00900.0, point de sortie. »Disons que nous avons affaire à un abus de langage. En effet la trajectoire d’interception s’est située entre ces deux points dont la distance est parcourue en un peu plus de 8 minutes, mais celle où le Concorde était à l’intérieur du cône d’ombre, là où l’éclipse est totale, est en réalité beaucoup plus réduite.  

4) « Le phénomène n’étant visible que hublot gauche de chaque rangée, nous avons changé de place, suivant un ballet, organisé à la seconde près, pour que chacun puisse la voir pendant 2 minutes. »Le hublot gauche? Plutôt le hublot droit quand vous regardez vers l’avant de l’appareil.Pour ce qui est des deux minutes par personnes, c’était pour le moins très ambitieux ! Et avec un angle de vue horizontal de près de 50 degrés il était quasiment impossible d’avoir une bonne observation même au prix de nombreuses contorsions.

 5) « British Airways avait affrété deux Concorde pour le phénomène, mais il s’agissait d’un vol commercial. Il est à noter que, d’après mes informations obtenues le 28 avril 2011, lors des rencontres du ciel et de l’espace, les deux Concorde britanniques ont raté leur rendez-vous avec l’éclipse, les commandants de bord n’étaient pas des astronomes dans l’âme. »Le vol du Concorde d’Air France n’était-il pas un vol commercial? Bien sûr que si.Selon mes informations et les simulations effectuées le confirment, les deux Concorde britanniques ont bien connu la totalité mais pendant quatre minutes au maximum et avec un angle de vue horizontal de 60 degrés ce qui rendait toute observation quasiment impossible. Donc non ils n’ont pas raté leur rendez-vous avec l’ombre mais on ne peut pas dire que c’était un franc succès non plus.

 Pour résumé le tout, il n’est pas possible de considérer ces trois vols éclipse comme un grand succès, les trois Concorde ont certes intercepté le cône d’ombre mais avec des durées nettement plus réduites que les affirmations trompeuses et avec des conditions d’observation dégradées voire même très dégradées. Bon après il reste l’expérience du Concorde qui pour la plupart a certainement aidé à rendre le voyage agréable. 

Je vous invite à relire attentivement http://xjubier.free.fr/site_pages/solar_eclipses/TSE_19990811_pg02_Concorde.html Et si par hasard vous possédez quelques notes sur ces vols qui permettrait de fournir un éclairage nouveau alors n’hésitez pas à m’en faire part, je serais très heureux de pouvoir les étudier.      Xavier Jubier 

                                                                                                                              

Photo Xavier Jubier

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