Michel Rétif faisait partie de l’équipe d’André Turcat, sur le projet Concorde. Il était le mécanicien de bord lors du premier vol. Un exploit qu’il a modeste. Les avions, c’est toute sa vie.

Assourdissant. Toujours présents. Depuis le jardin verdoyant ou le salon feutré des Rétif, au cœur de Cornebarrieu, sous le couloir aérien, on les entend. Les avions. Maîtres du ciel, aiguilleurs de la vie de Michel Rétif. «J’ai toujours été habitué à en voir, se souvient l’homme né à Versailles. Je me disais que dans cette petite bête là-haut, il devait bien y avoir quelqu’un qui commandait la mécanique.» Les rouages, une affaire de famille ! En 1923, à la naissance de Michel, son père tient une entreprise de serrurerie. Sa mère, elle, s’occupe de la famille : trois fils à la maison. «Elle est décédée quand j’avais 12 ans. J’étais l’aîné. La famille a été un peu disloquée…» A 15 ans, Michel prend son envol. «J’ai été embauché comme ajusteur dans l’entreprise Marcel Bolch, qui deviendra Dassault. Je jouais mon rôle de mécanicien au sol, à Villacoublay (dans les Yvelines). On travaillait alors sur le Bloch 152». À la pause déjeuner, pas de cantine pour le jeune homme. «Un pilote s’entraînait à faire des vols acrobatiques. Je préférais aller le voir.» Inspirant pour le jeune Michel qui lui aussi vivra une vie acrobatique, faite d’exploits dans les airs. Aujourd’hui, difficile de retracer fidèlement les loopings d’une existence longue de 96 ans. Michel Rétif, droit dans sa chemise à carreaux, vêtu d’un gilet sans manches gris aux boutons argentés réfléchit, vous regarde avec ses yeux perçants et fouille dans sa mémoire. Il n’aime pas parler de lui. Ni de ses succès. «J’ai fait ce que j’avais à faire». La suite ? À 20 ans «c’était l’époque de Pétain, moi j’étais en zone libre. Et j’ai intégré Jeunesse et montagne, en 1943, à Gap. Avant j’étais dans l’aviation populaire, pour préparer les pilotes.» Puis, «parce que j’avais certaines qualités professionnelles», il est administré par le CRAP 208 (Centre de Rassemblement et d’Administration du Personnel) à Bordeaux. C’est à Pessac, tout près, qu’il rencontre Lise au cours d’un bal : «Peut être que c’était la Libération. Un de mes élèves, qui était violoniste, m’y avait invité.» Le couple repart finalement en région parisienne. Avant de s’installer définitivement à Toulouse en 1959. Michel Rétif et ses talents sont sollicités pour travailler sur l’avion Caravelle, aux côtés de Pierre Nadot, pilote d’essai et Jean Avril, mécanicien. En 1963, il est recruté par le pilote André Turcat afin de mener à bien la mission Concorde. «J’étais le chef mécanicien, mais il y avait une toute équipe». Le premier vol de l’«oiseau blanc» ? «C’était un vol parmi d’autres. On s’était préparé sur le simulateur. Peur ? On n’a pas le temps. Il faut faire ce qu’il faut.» Au sol, Lise admire «ce bel avion, très haut. Puis j’ai attendu qu’il se pose. Je suis fière depuis 70 ans.» À la maison, les avions font partie du quotidien. Au point qu’on n’en parle pas. «Papa était très absorbé, il était souvent en déplacement», se souvient Isabelle, la plus jeune des trois enfants Rétif. Les deux plus âgés travaillent aujourd’hui dans l’aéronautique. Michel Rétif a su transmettre sa passion. À ses enfants, mais aussi aux jeunes qu’il a instruits à Aéroformation, école dont Jean-Pinet, du programme Concorde, était le directeur. «Transmettre ? Cela coulait de source, conclut le très modeste Michel Rétif. Aux jeunes, je voudrais dire, quand on fait un choix, il faut aller jusqu’au bout. Persévérez.»

Il y a 50 ans, l’ «Oiseau blanc»

2 mars 1969, 15 h 38. L’«oiseau blanc» met les gaz sur le tarmac de Toulouse-Blagnac. Après des mois de tests, l’équipe du chef Turcat réussit l’exploit. Le Concorde prend son envol devant des centaines de personnes. Michel Rétif, mécanicien de vol se souvient : «Le jour J (trois jours après ce qui était prévu à cause d’une météo défavorable), il y avait un vent arrière d’une dizaine de nœuds. Lors de la mise en route, nous avions quatre vannes de conditionnement d’air. Il a fallu remplacer un équipement sur le circuit. Sur ce prototype, tout était analogique, donc électrique, donc ça chauffait. On en avait besoin pour assurer le refroidissement de tous les équipements. Un deuxième groupe de conditionnement d’air ne s’est pas ouvert. Il ne nous restait plus que deux groupes. Toc, on décolle. Et un troisième stoppe lors du virage au-dessus d’Auch. Le chef Turcat a décidé de se poser à la première approche plutôt que faire des tours de pistes». En tout, 42 minutes de vol qui marqueront l’histoire de l’aéronautique mondiale. Jamais plus un avion supersonique civil ne réitérera l’exploit de transporter des passagers au-delà de la vitesse du son.