Article de presse LE PARISIEN 22 AVRIL 2018

Pour les 30 ans de son arrivée à Athis-Mons, le 12 avril 1988, le musée Delta, qui s’occupe de l’entretien du supersonique, a invité d’anciens membres de l’équipage à partager leurs souvenirs.

Un pin’s à l’effigie du Concorde, nez vers le ciel, est soigneusement accroché sur sa veste, côté cœur. Assis bien droit, les yeux tournés vers le passé, il raconte chaque anecdote comme si elles s’étaient déroulées hier. Pourtant, plus de quarante ans se sont écoulés depuis sa rencontre avec ce qu’il considère comme « son bébé ». Claude Monpoint, 87 ans, a été le co-concepteur du service en vol lors de la commercialisation du supersonique qui permettait de faire Paris – New York en un peu plus de trois heures, contre huit heures aujourd’hui.

Une vie dédiée à son travail, qu’il est venu raconter au sein même de ce mythique appareil, ce dimanche, lors d’une journée portes ouvertes organisée pour un anniversaire bien particulier : voilà 30 ans que le « 02 » a définitivement posé ses roues sur un terrain situé le long de la nationale 7 à Athis-Mons.

Ce prototype, géré aujourd’hui par le Musée Delta, était jusqu’en 1988 exposé sur un parking de l’aéroport d’Orly, après avoir effectué son dernier voyage le 20 mai 1976. Il a été le dernier supersonique d’essai avant le début des vols commerciaux et a notamment été le premier Concorde à faire un vol transatlantique avec 32 passagers entre Washington et Orly, le 29 septembre 1973.

Des vols que Claude Monpoint a tous effectués. « J’ai eu la chance de participer à cette aventure hors du commun », confesse-t-il. Une aventure qui le mènera aux Etats-Unis pour l’inauguration, en 1973, de l’aéroport de Dallas. « A l’atterrissage, on s’est retrouvés encerclés d’un côté par des Indiens, de l’autre côté par des cow-boys, qui nous suivaient sur des chevaux, se souvient-il parfaitement. L’idée était de promouvoir cet avion. A l’époque, certains journaux écrivaient qu’il avait été construit pour transporter la bombe nucléaire française. »

Athis-Mons, ce dimanche 22 avril 2018. Claude Monpoint, le co-concepteur du service en vol lors de la commercialisation du supersonique, est venu partager ses souvenirs du Concorde avec une poignée de privilégiés, bien installés dans les fauteuils du « 02 ». LP/N.C.

Des essais réalisés par grand froid

L’équipage prendra ensuite la route vers Fairbanks en Alaska, pour des tests en situation de grand froid. Le Concorde porte alors les couleurs des deux compagnies aériennes des pays constructeurs, British Airways, l’inscription est toujours visible sur le « 02 » coté droit, et Air France sur le côté gauche. « Le but était de voir si le moteur démarrait quand même, de tester comment il se comportait à des températures entre moins 40 et 45 degrés », précise Yves Pringet, un des mécaniciens de navigation d’essai qui a travaillé sur l’appareil.

Les essais validés, il ne restait plus qu’à lancer sa commercialisation. Claude Monpoint a été chargé de trouver des solutions pour exploiter au mieux sa superficie. « Je me suis dit : mon Dieu, comment allons nous faire. Avec une allée de seulement 48 cm, et une seule porte pour faire monter 100 personnes. On ne pouvait pas se permettre de prendre 45 minutes lors de l’embarquement pour un vol de seulement 3 h 30, vu le prix des billets. Quand j’ai présenté ma conception des vols, on m’a pris pour un fou. »

Claude Monpoint a eu la chance de faire ses adieux à « son bébé » 20 ans après avoir pris sa retraite, dans les années 1980. « Les services de l’Etat m’ont téléphoné un jour pour me proposer de participer au vol du Concorde qui rejoignait Washington pour être exposé au Musée de l’air et de l’espace. C’est le plus beau cadeau qu’ils m’ont fait. »

Le musée Delta, 40, avenue Jean-Pierre-Bénard à Athis-Mons. Ouvert le mercredi et le samedi de 14 heures à 18 heures, et le dimanche de 15 heures à 18 heures. Tarifs : adultes 5 €, enfants (de 5 ans à 11 ans) 2 €. Rens. : 01.60.48.14.48.

Chronologie

De 1 970 à 1 973 : réflexion, design puis fabrication et assemblage du Concorde 02.

10 janvier 1973 : premier vol d’essai à l’aéroport de Toulouse (Haute-Garonne).

26 septembre 1973 : le Concorde 02 réalise la première traversée Atlantique en supersonique, de Washington à Paris, dans les conditions d’un vol commercial.

20 mai 1976 : 314e et dernier vol du Concorde 02 entre Toulouse et Orly. Il sera exposé à l’aéroport parisien jusqu’en 1988.

12 avril 1988 : l’engin arrive à Athis-Mons pour y être exposé.

25 juillet 2000 : le vol 4590 à destination de New York s’écrase à Gonesse, faisant 113 victimes.

31 mai 2003 : dernier vol commercial du Concorde Air France.