Propos recueillis par l’association CAP AVENIR CONCORDE

De 1992 à 2004, j’ai travaillé au service logistique maintenance Concorde. Outre la préparation des dossiers de visite, de la visite journalière aux visites. A, B et C, j’ai participé à la préparation de nombreux vols spéciaux Concorde.

a) Les tours du monde, organisés par des tours opérateurs, étalés sur 3 semaines.

b) Les 2 tours du monde de vitesse de 1992 et 1995.

c) Les vols présidentiels

d) Les vols charters

L’ensemble de ces préparations demandait un travail de rigueur, méthodique,  avec un bon suivi lors de son déroulement, afin d’assurer la mise en place des mécaniciens dans les différentes escales ainsi que l’expédition des matériels pour l’entretien de l’avion et les dépannages.

L’un de ces vols m’est particulièrement resté en mémoire.

Cela se passait en Mai, lors du vol spécial CDG/NICE que nous assurions pratiquement tous les ans, à l’occasion du Grand Prix de F1 à Monaco.

Au cours de la préparation, je réserve une chambre pour le mécanicien convoyeur, dans un hôtel de St Laurent du Var, (proximité de l’aéroport). Ce collègue mécanicien avion, se nomme Mr Lièvre. La patronne de l’hôtel enregistre ma demande, sans commentaires.

Le Samedi, après atterrissage à Nice, le mécanicien nous appelle suite à plusieurs problèmes techniques sur moteur. Il nous demande d’expédier sur Nice plusieurs pièces, (non prévues en Lot de Bord) et de lui envoyer en renfort un collègue mécanicien Equipement.

Après avoir prospecté et obtenu son accord, nous envoyons un 2ème mécanicien qui se nomme Mr Canard. J’appelle L’hôtel pour effectuer une deuxième réservation. Je cite le nom et la patronne éclate de rire, me demandant si c’est une blague.

Évidemment, je nie, assurant que je suis vraiment sérieux, que nous avons des problèmes sur le Concorde et que le hasard fait que les choses sont ainsi.

Au cours du dépannage, Lièvre nous contacte. Les interventions effectuées sur le moteur obligent de faire un point fixe de contrôle. Les deux mécaniciens ne sont pas qualifiés pour faire cette opération. Nous décidons d’envoyer par le 1er vol pour Nice, un contrôleur technique. Je prospecte à nouveau, et le seul contrôleur disponible s’appelle…. (Je n’y suis pour rien) Mr Balaine.

Je contacte à nouveau l’hôtel pour réserver une 3ème chambre, en riant d’avance à la réaction de la propriétaire. Là, à la connaissance du nom, elle me demande si je me moque d’elle, si je suis vraiment quelqu’un d’Air France et si c’est un gag, ça commence à être de mauvais goût, que mon personnel ressemble plutôt à une ménagerie !!!!!!

Il faut comprendre que les deux mécaniciens sont sur le terrain à dépanner l’avion et qu’ils ne se sont pas encore présentés à l’hôtel, donc pas de contrôle possible de sa part.

Pour rassurer la patronne, j’ai demandé à mon collègue, responsable de production, de lui parler et de lui confirmer que c’était loin d’être une plaisanterie. Même nous, au regard des noms de nos techniciens,  n’avions pensé à ça, à réunir un jour, pour une mission, ces 3 agents aux noms si significatifs, dans ces circonstances.

Tout s’est bien terminé et après le dépannage, nos 3 collègues ont pu aller se reposer à l’hôtel. Ils nous ont rapportés que la propriétaire leur a fait un accueil souriant et n’a pu retenir ses rires en voyant réellement leur identités.

Daniel

Ancien maintenance Concorde